par Dr Sergio Antolini, Ocrim & Paglierani de Cremona, Italie

 

Nous sommes à la fin de la dernière glaciation, dans la géosphère : Il y a 15 000 ans, le climat commence à changer. La fonte des glaciers crée une abondance d'eau et la vie commence sur Terre.

"Et Dieu dit : " Que la terre produise des pousses, des herbes produisant de la semence, et des arbres fruitiers portant des fruits sur la terre avec de la semence, chacun selon son espèce. 

"Et cela arriva. La terre produisit des germes, des herbes qui produisent de la semence, chacune selon son espèce, et des arbres qui portent du fruit avec la semence, chacun selon son espèce."

(Genèse 1, 11-12)

 

Nous voici à l'époque de la biosphère, dans laquelle de nombreuses personnes commencent à se disputer les origines du blé.

En 63 avant J.-C., Strabo, historien et philosophe citant Aristobolo, identifie les rives de l'Indus comme la patrie de la graine, Linné la ramène à la région du Caucase, Durbeau de Lamalle indique l'Égypte, tandis que l'Éthiopie est nommée par Thiebaud de Bernard.         

Le botaniste italien Antonio Bertoloni est déséquilibré en faveur de l'origine sicilienne, conforté par des citations de l'Odyssée, tandis que le savant russe Vavilov déplace les origines du blé au Moyen-Orient (Turquie et Afghanistan). Toutes les régions énumérées ci-dessus peuvent avoir été à l'origine de la céréale, mais il est certain que le Moyen-Orient, le Croissant fertile, la Mésopotamie, berceau des anciennes civilisations des Sumériens, des Babyloniens, des Hittites, des Assyriens et des Égyptiens, sera la scène du changement radical de l'histoire de l'homme.        

Et c'est précisément sur ce territoire, en forme de demi-lune,

traversé par le Nil, le Jourdain, le Tigre et l'Euphrate, que les tribus commencent à se concentrer dans la ville, où l'écriture est inventée et où les premières techniques d'agriculture sont appliquées : tout cela définit le concept de civilisation, prélude à la noosphère. 

Nous sommes au Néolithique, une période de transformation des outils en pierre.

Au cours de l'ère paléolithique précédente, avec les changements climatiques et leur amélioration, les bois et les prairies ont commencé à être peuplés d'animaux, créant un paradis pour les "chasseurs-cueilleurs" nomades, pour qui la chasse des animaux et la cueillette des plantes constituaient la seule subsistance quotidienne.

Il s'agissait de communautés formées par quelques individus et toujours nomades. Entre la fin du paléolithique et le début du néolithique, dans un âge intermédiaire que les spécialistes appellent le mésolithique, les grands mammifères commencent à se faire rares (de nombreuses espèces disparaissent) et l'homme ressent de plus en plus la nécessité de pouvoir compter sur un approvisionnement en nourriture constant, également en vertu de l'augmentation démographique, qui demande de plus en plus de ressources.

" (...) fils d'un titan, Prométhée (...) entra dans les grâces de celui qu'on appelait le " père des dieux " pour son aide dans la lutte contre Cronus, (...) il fut chargé de forger l'homme avec la terre et le feu. Des humains naquirent : tous des mâles [à qui il donna le feu divin, après l'avoir volé aux dieux].

Zeus voyait en l'homme un adversaire dangereux [et se mit en colère contre Prométhée au point de le punir en l'enchaînant à une falaise et en le faisant torturer par un aigle qui lui dévorait quotidiennement le foie].

En revanche, envers les hommes, qui n'avaient pas non plus de faute, Zeus était encore (...) plus subtil, perfide et méchant. (...) commanda à Héphaïstos de modeler une image humaine, la femme, avec de l'eau et de l'argile [et de laquelle naquit la belle Pandore] (...).

Tous les dieux furent chargés par Zeus de déposer des présents en elle [et avec les dieux aussi Zeus].

Il donna à la jeune fille un vase, qu'il lui était interdit d'ouvrir, contenant tous les maux que l'humanité ne connaissait pas encore : la vieillesse, la jalousie, la maladie, la folie, le vice, la passion, la suspicion, la faim, et ainsi de suite [et seulement deux vertus comme l'espoir et la capacité de prévoir]. (...) Zeus confia la jeune fille à Hermès pour qu'il l'apporte en cadeau à Prométhée [le prévoyant] qui, pensant à une supercherie, la refusa. Zeus ordonna alors à Hermès de la conduire à Epiméthée [l'intrépide, le non prévoyant, le stupide], frère de Prométhée, qui, dès qu'il la vit, en tomba amoureux et l'accepta comme épouse (...).

(...) Pandore, prise de curiosité, ouvrit la boîte. De celle-ci s'échappèrent rapidement tous les châtiments que Zeus y avait placés et qui coururent comme des éclairs sur la Terre (...) jusqu'alors inconnus. Le seul bon cadeau (...) resta coincé sous le couvercle que Pandore avait aussitôt refermé : c'était l'Elpis, l'espoir [ainsi que la vertu de prévoir, qui resta heureusement dans le récipient et qui, à partir de ce moment, soutint la race. humaine, même dans les moments compliqués et les plus décourageants] (...). "

Et grâce à ces vertus restées dans la boîte de Pandore, peu de temps après, une nouveauté inconnue aurait rendu possible le progrès humain et changé l'humanité pour toujours : la découverte de plantes herbacées fondamentales pour le régime alimentaire des hommes, qui ainsi cessèrent de voyager à la recherche de nourriture, passant de nomades à des établissements permanents et construisant leurs premières maisons. Les premiers villages sont apparus, dont le plus ancien a été retrouvé dans les fouilles archéologiques réalisées en Israël, dans le désert de Judée, à Wadi-en-Natuf.

La tribu qui y vivait était celle des Natufiens.

On a peu entendu parler d'eux : vivant il y a 14 000 ans, ils ont été les premiers à récolter le blé et l'orge sauvages, les reconnaissant comme utiles, et les séparant des autres plantes non comestibles.

Ils ne produisent pas encore de pain, mais un ancêtre de celui-ci, semblable à une sorte de pâte dure.

Puis, il y a 10 000 ans, le retour de la glace sur le continent européen et l'assèchement consécutif des zones du Moyen-Orient, provoquent une catastrophe naturelle qui est suivie de l'assèchement du grand lac de Galilée en Jordanie.   

N'étant plus un lac, le lit se transforme en une plaine fertile, alternant la sécheresse, pendant la saison estivale, avec des périodes fertiles, grâce à l'arrosage des collines environnantes.

Les espèces qui prospèrent dans ce climat sont aptes à survivre à la longue sécheresse et à croître rapidement lorsque les pluies reprennent ; ce sont des plantes annuelles, qui se dessèchent et meurent avec la saison aride, de petite taille, mais dont les graines sont grosses, robustes et très productives à l'état sauvage et, surtout, comestibles pour l'homme.

Cette condition favorise la permanence des chasseurs-cueilleurs avant même que l'agriculture ne soit "inventée". Très vite, les populations mésopotamiennes changent leurs habitudes, passant de cueilleurs à agriculteurs, de la seule activité de cueillette d'herbes, apparue spontanément, à leur culture.  

Avec la permanence il y a une grande explosion démographique et donc la demande de nourriture augmente, ce qui oblige les premiers agriculteurs à rechercher constamment des méthodes et des outils appropriés pour augmenter la production des plantes alors cultivées.

C'est dans ce contexte que naît la domestication des plantes : en faveur de la nature, l'homme exploite aussi bien les mutations que les croisements naturels qui se produisent entre différentes espèces, pour la constitution de nouvelles espèces, plus adaptées, pour la rusticité, pour la productivité, de celles qui en étaient à l'origine et qui souvent, sans l'intervention de l'homme, auraient disparu avec le temps.

Les premières céréales cultivées à l'époque natufienne sont probablement l'orge à épis et l'orge à deux rangs.

Au Néolithique, vers le 10e millénaire avant J.-C., la récolte du blé primitif, des petits épis, des moyens épis et de l'orge était une pratique courante en Irak, en Syrie, en Turquie, en Iran et en Palestine.

C'est grâce aux Natufiens que nous en arrivons à l'invention de l'agriculture, et nous leur devons beaucoup, car ils ont été les premiers à allumer l'étincelle de la civilisation.

L'agraire devient le chiffre de la civilisation et de la culture, le début de la phase de la noosphère.

Le triomphe de l'adaptabilité humaine.

Les Natufians créent leur propre environnement contrôlé, creusant le sol et utilisant leurs réserves de nourriture, les graines, les sacrifiant pour l'avenir, pour leur réensemencement.

En ne se limitant pas à la collecte de plantes spontanées, mais en les cultivant, les Natufiens sont devenus les premiers agriculteurs du monde.

Ils ne le savaient pas, mais à partir de ce moment, l'histoire de l'homme a changé, pour toujours.

Un choix courageux, celui des Natufiens, de changer pour survivre, un pari constant dans l'histoire de l'homme, qui peut exister grâce à son extraordinaire capacité d'adaptation, de changement, d'invention. Aucun animal n'aurait pu le faire car c'est l'apanage absolu de la seule intelligence humaine. La population commence à croître et avec elle la nécessité de diffuser la technique et les technicités de l'art agricole.  

L'échange est né, le commerce est né.

De génération en génération, l'expansion de la population s'étend de plus en plus, jusqu'à atteindre, il y a 8000 ans, la Turquie, Chypre, l'Italie du Sud, où les aborigènes locaux ne connaissent pas les techniques agricoles. 

La diffusion de l'agriculture et des premières cultures de blé part des régions du Croissant fertile, notamment de l'Anatolie, vers l'Europe, et est relativement rapide. D'abord en territoire hellénique, puis en Italie, en France, en Espagne et en deux siècles environ, elle atteint les pays balkaniques et s'étend jusqu'à l'actuelle Allemagne. Les blés qui accompagnent cette diffusion sont principalement les petites et moyennes épis en plus de l'épi, également appelé granfarro, ancêtre du blé tendre, également du point de vue chromosomique.    

Les découvertes les plus anciennes, qui remontent à 5000 avant J.-C. en Irak, suggèrent que la première plante à être cultivée par l'homme a été le moyen orthographe, tandis que la culture du petit orthographe semble être plus tardive, initialement considéré comme naturalisé comme mauvaise herbe.   

Plus tard, il est répandu dans la région des Balkans et en Europe du Nord, mais néanmoins dans toute l'Europe le type moyen prend le dessus.

L'orthographe, longue et fine, avec une vingtaine d'épillets chacun, contenant 2 ou 3 grains, apparaît pour la première fois vers l'âge du bronze en Suisse, puis se répand en Europe du Nord. La Bible en parle déjà, tandis que les anciens Romains l'utilisaient en période de famine en le distribuant à la plèbe pour sa haute valeur nutritive et le sentiment de satiété qu'il générait.

Un blé semblable au blé tendre, de taille réduite et à l'épi trapu, classé comme blé compact, répandu en Égypte, dans la vallée de l'Indus et dans certaines régions des Alpes suisses.

Dans le centre et le sud de l'Italie, l'épi est cultivé presque exclusivement, tandis que dans le nord de l'Italie, on utilise également des grains nus (semblables au blé tendre et au blé dur actuels) et c'est dans ces régions qu'il apparaît, pour la première fois en Italie. En se dirigeant vers le continent africain, le blé arrive un peu plus tard que dans le sud de l'Europe.

Il apparaît d'abord en Égypte, dans le delta du Nil, et de là vers le sud, sans toutefois franchir l'Équateur, car cette ceinture est caractérisée par une végétation tropicale dense et impénétrable.

Dans le monde romain, l'approvisionnement en céréales était assuré par les colonies, notamment celles des côtes africaines de la Méditerranée, qui représentaient le grenier de l'Empire.

Avec l'invasion des vandales le long de ces mêmes côtes, les invasions barbares, les épidémies, ainsi que les famines, l'agriculture subit un effondrement dramatique au quatrième siècle et avec elle la culture du blé.

Dans le passage proéminent, Caton, dans son œuvre De agri cultura, élève et affirme la supériorité de l'agriculture, sur le plan social, moral et éducatif, mais aussi sur celui du profit économique, par rapport à d'autres activités qui procurent également des gains, comme le commerce et l'usure.    

"... Et virum bonum cum laudabant, ita laudabant bonum agricolam bonumque colonum. Extensive laudari existimabantur qui ita laudabantur. Mercatorem autem strenuum studiosumque rei quaerendae existimo, verum ut supra dixi, periculosum et calamitosum. At ex agricolis et viri fortissimi et milites strenuissimi gignuntur, maximeque pius quaestus stabilissimusque consequitur minimeque invidiosus, minimeque male cogitantes sunt qui in eo studio occupied sunt ".

"... Et l'homme qu'ils ont loué, ils l'ont appelé un bon agriculteur et un bon colon ; et celui qui était ainsi loué estimait qu'il avait obtenu un très grand éloge.

Or, je crois que ceux qui se consacrent au commerce sont courageux et diligents pour gagner de l'argent, mais sujets aux dangers et aux désastres. Des agriculteurs, au contraire, naissent des hommes très forts et des soldats très vaillants, et leurs gains sont équitables et à l'abri de toute insécurité, rien de détestable ; et ceux qui se consacrent à l'agriculture ne sont pas attirés par les mauvaises pensées. "

(Marco Porcio Catone - De agri cultura, praefatio).

Ce n'est qu'entre le huitième et le treizième siècle que l'agriculture renaît et avec elle le blé ; avec cette renaissance se développent aussi les technicités et les techniques qui prévoient la redécouverte des pratiques anciennes.

Les études sur la culture du blé connaissent une floraison particulière au cours du XVIIIe siècle par de nombreux savants dont Jethro Tull, qui expose les techniques de culture du blé et de lutte contre les mauvaises herbes, et le français Mittelburg, qui reclasse certaines espèces de blé.   

"Aujourd'hui, ce paysan, courbé entre la terre et le ciel, a levé le dos ; ce paysan est devenu un agriculteur.

Il sait quand sa terre a faim, quand elle a soif et quand elle a sommeil. Ses mains prennent soin de sa terre avec des caresses nouvelles. Le trésor qu'il garde avec la mémoire du passé et la science de l'avenir, c'est son champ, et sur ce champ il n'y a plus un paysan qui espère, mais un paysan qui sait. "

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