Le rumen protège les vaches laitières contre les mycotoxines… en partie seulement
Les mycotoxines sont des métabolites toxiques, produits par des champignons, qui peuvent se développer dans les céréales et les fourrages. Le type de mycotoxines le plus connu et probablement le plus redouté en production laitière sont les aflatoxines, et en particulier l'aflatoxine B1 (AFB1). Lorsqu'elle est donnée aux vaches, elle est métaboliquement transformée dans le foie en aflatoxine M1 (AFM1), qui est hépatotoxique et cancérigène. L'AFM1 peut passer dans le lait, ce qui peut entraîner de graves problèmes de santé publique et des pertes directes pour les producteurs.
Cependant, les aflatoxines ne sont pas le seul groupe de mycotoxines préoccupant. Six autres grandes familles de mycotoxines ont été identifiées : les ochratoxines, la zéaralénone, deux groupes de trichothécènes (dont le déoxynivalénol (DON) et la toxine T-2), les fumonisines et les alcaloïdes de l'ergot du seigle. Les ruminants sont naturellement partiellement protégés contre certaines mycotoxines, grâce à la capacité de la microflore du rumen de ces animaux à produire des enzymes capables de détoxifier certaines mycotoxines. Cependant, la plupart des mycotoxines restent une source de préoccupation majeure pour la santé et les performances des vaches. Les principaux types de mycotoxines, la sensibilité des vaches laitières et leurs principaux organes ou systèmes cibles sont présentés dans la Figure 1.
La gravité des symptômes varie en fonction de différents facteurs, tels que les pratiques de gestion de l'exploitation, l'âge, le sexe, l'espèce, l'état nutritionnel et sanitaire et surtout la nature, la concentration et la durée d'exposition aux mycotoxines. Lorsque des doses élevées sont administrées, une mycotoxicose aiguë peut survenir avec des symptômes graves. À des doses plus faibles et modérées, les symptômes sont souvent subcliniques et peuvent facilement être confondus avec d'autres troubles. Néanmoins, les mycotoxines peuvent déjà avoir des effets dommageables à faibles doses et en cas d'exposition constante, notamment sur la fonction du rumen, l'immunité, les performances de reproduction et la boiterie. Certaines mycotoxines, comme le DON et la toxine T-2, sont également connues pour diminuer la production de lait et la graisse du lait lorsqu'elles sont administrées à long terme. Un fait intéressant est que le microbiote du rumen peut dégrader le DON en un métabolite moins toxique, et le DON peut donc affecter le microbiote du rumen avec un effet retard et un impact retardé sur les performances. La santé et la stabilité du rumen devraient donc être au cœur de toute stratégie d'atténuation des mycotoxines chez les ruminants.
La contamination naturelle par les mycotoxines affecte les performances et la résistance des vaches laitières
Le Dr Nancy Whitehouse, professeur associé à l'Université du New Hampshire (États-Unis), a récemment mené un essai in vivo pour tester l'effet de la contamination naturelle par les mycotoxines sur les performances et les paramètres sanguins des vaches laitières. Vingt-quatre vaches Holstein ont été utilisées dans un essai en blocs alératoires répliqués pendant 6 semaines. Trois traitements ont été testés : un régime témoin négatif (NC), un régime témoin positif avec une exposition naturellement élevée aux mycotoxines (PC) et un régime PC avec l'ajout de 30 g/j d'un désactivateur de mycotoxines, à savoir Unike® Plus (UP), d'Adisseo. Le régime NC contenait 653, 290 et 2013 ppb, tandis que le régime PC contenait 1054, 628 et 4771 ppb de fumonisines, zéaralénone et DON, respectivement.
Il est intéressant de noter que la production n'a pas été affectée par les mycotoxines immédiatement arpès le début de la contamination. Quatre semaines ont été nécessaires avant d'observer une quelconque diminution du rendement laitier ou de l'ECM (lait corrigé en énergie). La Figure 2 présente les performances des vaches laitières six semaines après l'administration des traitements. La production de lait, l'ECm et la DMI (ingestion de matière sèche) ont diminué de -8,5; -2,2 et -3,3 respectivement, entre les 2 groupes de contrôle. L'ajout du désactivateur de mycotoxine a atténué avec succès les effets de la mycotoxine sur ces trois paramètres.
Les cellules immunitaires ont été mesurées dans le sang afin d'établir s'il y avait un effet de cette contamination nautrelle sur la réponse immunitaire. Les neutrophiles, les lympohocytes et les leucocytes ont diminué numériquement après 6 semaines d'exposition. De plus, les monocytes étaient statistiquement diminués, en raison de la contamination par les mycotoxines. Le nombre de monocytes dans le sang était de 351, 272, 368 cellules/µL dans les régimes NC, PC et UP, respectivement. L'ajout d'Unike® Plus a permis de ramener les monocytes à leur niveau correct. Ceci est particulièrement important pour les vaches laitières car une diminution des monocytes dans le sang est un signe d'infection dans le corps. Lorsqu'un tel niveau diminue à cause des mycotoxines, les vaches sont empêchées de lutter contre d'autres infections qui pourraient être en cours. Les conséquences peuvent être, par exemple, la réactivation de maladies chroniques ou de mastites.
La perte de performance peut être liée à une modification du microbiote du rumen
Le fluide du rumen a été collecté et les paramètres des acides gras ont testés pour comprendre les effets des mycotoxines et du désactivateur de mycotoxines sur le rumen des vaches laitières. L'alimentation avec des mycotoxines de fusarium pendant six semaines a affecté le profil et la production des acides gras volatils (AGV). La production du butyrate, d'isobutyrate et d'isovalérate a diminué dans le traitement PC par rapport au traitement NC, comme le montre le Tableau 1. Le butyrate est un nutriment lipogène et il contribue à la synthèse des acides gras à longue chaîne dans l'organisme et/ou le lait. L'isovalérate est associé à la synthèse des protéines microbiennes et sa diminution pourrait être due à une réduction de la population bactérienne cellulolytique. Ces résultats montrent que les mycotoxines du fusarium peuvent modifier le microbiote du rumen et perturber son fonctionnement en perturbant la production d'AGV. Cependant, la diminution du butyrate, de l'isovalérate et de l'isobutyrate a été compensée par l'ajout d'Unike® Plus au régime alimentaire.
Pour mieux comprendre l'effet du désactivateur de mycotoxines sur la fonction du rumen, une autre expérience in vitro a été réalisée au CERN (Centre d'Excellence et de Recherche en Nutrition, France). Une approche en deux étapes a été appliquée, à la fois in vivo et in vitro, pour évaluer les conséquences sur le rumen. Quatre vaches Holstein non-lactantes fistulées ont été utilisées comme donneurs de fluide ruminal. Un inoculum, contenant 800 mg d'aliments, a été considéré comme le contrôle pour chaque vache, et un autre inoculum a été complété par le même régime alimentaire et 96 mg d'Unike® Plus (UP), mais aucune mycotoxine n'a été ajoutée à l'alimentation. Les résultats de cette étude sont présentés dans le Tableau 2, et ils confirment la capacité du désactivateur de mycotoxines à moduler le microbiote du rumen et donc la production d'AGV. Les essais in vivo et in vitro ont montré la capacité constante d'Unike® Plus à soutenir une production optimale d'AGV par la microflore du rumen. En outre, l'essai poursuivi au CERN a montré une augmentation du propionate et du valérate dans le traitement UP. Le propionate est d'une grande importance car c'est un nutriment glucogénique qui a un impact direct sur la production de lactose et sur le rendement laitier.
Conclusion
Il est connu que le microbiote du rumen des vaches laitières contient des espèces capables de produire des enzymes qui dégradent certaines mycotoxines. Cependant, le fait que les mycotoxines puissent également affecter le fonctionnement et l'eubiose du rumen doit être reconnu dans le domaine de l'élevage. Il a été démontré qu'Unike® Plus atténue avec succès les effets des mycotoxines sur les performances, l'immunité et les paramètres du rumen des vaches. Une partie de son mode d'action consiste à améliorer naturellement le microbiote du rumen et la production d'enzymes dégradant les mycotoxines. Le renforcement de la bio-inactivation endogène constitue une stratégie intéressante à ajouter à la panoplie des outils de gestion des mycotoxines.
Source/Crédit: Margaux Lecolinet, Global Marketing Manager for Mycotoxin Management et Damien Prévéraud, Global Scientific Manager for Mycotoxin Management, Adisseo
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