
par Richard Bonn, co-fondateur Aethr Associates, Royaume-Uni
C’est David Hume, le philosophe écossais très respecté, qui a dit un jour que “toutes nos connaissances commencent par l’expérience sensorielles”, ce faisant, il a souligné le rôle essentiel de l’expérience vécue dans la formation de la compréhension humaine du monde.
Cela peut, d’une certaine manière, expliquer pourquoi on peut aujourd’hui avoir l’impression que la réponse à l’ampleur et à la nature abstraite du changement climatique semble lente. Les arguments contestant la théorie du réchauffement climatique peuvent persister en raison de l’incertitude inhérente à la prédiction de résultats précis.
Malheureusement, l’été 2023 a démontré de manière éclatant la réalité indéniable du changement climatique à travers les expériences vécues par ceux qui luttent contre les incendies de forêt dans le sud du Portugal et le sud de la Grèce. Le Canada a été en feu pendant l’été, tandis que les inondations catastrophiques aux proportions bibliques ont inondé Derna, en Libye, et le Sikkim, en Inde. De plus, nous avons récemment enregistré les températures mondiales les plus élevées jamais enregistrées pour un mois de septembre, et ce, de loin.
Ayant passé les 25 dernières années à travailler dans l’agriculture et la production alimentaire, j’ai été le témoin direct de l’évolution des conditions météorologiques. Ce qui était autrefois considéré comme des événements météorologiques rares, qui se produisent peut-être une fois tous les dix ans, se produisent maintenant de plus en plus régulièrement.
Rien de tout cela ne devrait être une surprise, car les modèles climatiques ont toujours prédit les scénarios auxquels nous assistons aujourd’hui. Nous avons connu une augmentation de 1,5° des températures mondiales au cours des deux dernières décennies, avec des prévisions modérées prévoyant un réchauffement supplémentaire de 1 à 2° au cours des deux prochaines décennies.
On peut se demande pourquoi un simple changement de 1° de la température mondiale est d’une telle importance. Même cette augmentation apparemment modeste a de profondes implications, car une augmentation de 1° de la température mondiale entraîne une augmentation de 7 % de la capacité de l’atmosphère à retenir la vapeur d’eau. Cette modification apparemment mineure des niveaux d’humidité se traduit par une augmentation substantielle de la capacité énergétique de notre système métrologique, ce qui entraîne directement une volatilité accrue.
Cette volatilité se manifeste par une plus grande probabilité d’événements météorologiques extrêmes tels que les inondations, les sécheresses et les vagues de chaleur. Ces conséquences ont un impact direct sur notre capacité à subvenir à nos besoins, en particulier en ce qui concerne la production et la sécurité alimentaires. Ainsi, bien que les chiffres puissent sembler incrémentaux, leurs répercussions sont importantes.
Chez Aethr Associates, nous effectuons des évaluations des risques climatiques pour les entreprises agricoles et alimentaires mondiales à l’aide de modèles de données climatiques. Ce que nos analyses révèlent invariablement, c’est que même dans le cadre de prévisions de changement climatique modérées, certaines régions du monde qui sont traditionnellement considérées comme des « greniers à blé » sont confrontées à un avenir exceptionnellement difficile.
La reconnaissance et la gestion efficace du risque climatique nécessitent aujourd’hui une réévaluation fondamentale. L’UE l’a reconnu et est à l’avantgarde de la lutte contre ce problème par le biais de la directive sur l’information durable des entreprises (CSRD). La directive, qui devrait entrer en vigueur l’année prochaine pour les grandes entreprises de l’UE (avec >40 millions d’euros de chiffre d’affaires de l’UE, >250 employés et >20 millions d’euros d’actifs de l’UE), oblige les entreprises à rendre compte de leur impact sur un large éventail de facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. Ce qui rend le CSRD particulièrement avant-gardiste, c’est l’accent mis sur la « double matérialité ». La double matérialité évalue non seulement l’impact d’une entreprise sur la société et l’environnement, mais aussi l’impact que le changement climatique aura sur l’entreprise elle-même. Il est important de noter qu’il est nécessaire de prévoir les coûts de la transition vers un modèle plus durable.
Ne pas adapter à la fois votre entreprise et vos chaînes d’approvisionnement face au changement climatique pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Par conséquent, il est crucial pour les entreprises d’adopter cette nouvelle ère de reporting et de gestion proactive des risques afin d’assurer leur résilience à long terme dans un monde en constante évolution et soucieux du climat.