par Nathanael Hodge, au nom de Mills Archive Trust, Royaume-Uni
Vous avez probablement déjà entendu l’expression “Se battre contre des moulins à vent”, qui, comme le savent les plus cultivés d’entre vous, trouve son origine dans les mésaventures de Don Quichotte, le roman influent écrit par l’auteur espagnol Cervantes au début du XVIIe siècle. Cette expression idiomatique désigne le fait de perdre son temps, de se battre contre des ennemis imaginaires ou de poursuivre un objectif imaginaire mais impossible comme le faisait le héros de l’histoire, Don Quichotte lui-même.
Pendant la Première Guerre mondiale, cette expression a souvent été représentée visuellement par des artistes afin de faire des remarques symboliques sur la futilité de la guerre. Cette carte postale de 1915 est intitulée “Le nouveau Don Quichotte : l’aventure des moulins”. Elle représente une scène champêtre avec six moulins à vent, chacun représentant un pays membre de la Triple Entente et ses alliés, le plus grand moulin symbolisant la France. Le moulin à vent est attaqué par un chevalier à cheval : le chevalier, avec sa moustache prussienne et son casque, sur une selle marquée du drapeau impérial allemand, représente l’Allemagne, tandis que le cheval qu’il monte symbolise l’Autriche, les montrant comme gaspillant leurs efforts en poursuivant un objectif impossible, celui de vaincre les Français et leurs alliés.
Ce qui est particulièrement fascinant, c’est l’universalité du symbole de la lutte contre les moulins à vent : il a également été utilisé par les rivaux de la Triple Entente, la Triple Alliance (l’accord secret entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie). L’image du bas montre une caricature tirée du magazine satirique allemand Kladderadatsch, également publiée en 1915. Dans cette version, le moulin représente les monarchies de la Triple Alliance vainquant l’Angleterre, la France et la Russie, symbolisées par Asquith, le Premier ministre britannique chevauchant un lion, Marianne de la République française chevauchant un coq et le grand-duc Nicolas Nikolaïevitch Romanov chevauchant un ours.
Le fait que les deux camps aient cherché à représenter l’autre comme délirant, perdant son temps et menant un combat impossible, en dit long. Cela montre la détermination des deux camps à gagner et leur conviction d’être le plus fort, mais plus encore, cela indique la nécessité de maintenir le moral de la nation en diffusant ces opinions à travers l’art. Ces cartes postales sont de bons exemples de propagande de guerre dénonçant le combat futile de l’adversaire, alors qu’avec le recul, nous pouvons aujourd’hui apprécier la futilité de la guerre en général.



