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L’interview : Mesut Çakmak

Président, Fédération des Industries Turcs de la Farine (TUSAF), Türkiye

Mesut Çakmak est né dans le district de Patnos, province d’Agri, Türkiye, en 1957. Il est entré sur le marché du travail à l’âge de 16 ans. L’expérience acquise dès son plus jeune âge a grandement contribué à son succès futur dans le monde des affaires. Çakmak a commencé sa carrière industrielle avec le groupe Besler en 1991. Aujourd’hui, il est président du conseil d’administration du BESLER GROUP, l’un des plus grands producteurs alimentaires de Turquie, et il participe également activement à de nombreuses organisations non gouvernementales.

Pourriez-vous partager votre point de vue sur l’état actuel du marché local de la farine en Tûrkiye ? Comment les préférences des consommateurs évoluent-elles ?

Le marché local de la farine en Türkiye a une structure sensible, influencée par les fluctuations mondiales et les dynamiques du marché intérieur. Ces dernières années, la hausse des coûts des intrants, les défis logistiques et les risques agricole tels que la sécheresse ont directement affecté le marché intérieur. Néanmoins, la production de farine étant une branche fondamentale de l’industrie alimentaire, la demande locale est restée stable.

Cependant, les préférences des consommateurs ont commencé à se diversifier de manière significative. Il existe désormais une demande croissante non seulement pour la farine blanche traditionnelle, mais aussi pour des produits fonctionnels et axés sur la santé, tels que la farine de blé complet, la farine d’engrain et les alternatives sans gluten. Ce changement est motivé par une prise de conscience croissante de la santé, l’évolution des habitudes alimentaires et un intérêt accru des consommateurs pour la composition des produits. Le passage aux produits emballés dans la distribution fait également partie de cette transformation.

Il convient toutefois de noter que ce changement est plus visible dans les grandes villes. Dans de nombreuses régions d’Anatolie, les produits traditionnels restent plus populaires. Il est donc essentiel que les producteurs tiennent compte des préférences régionales et des habitudes de consommation locales lors de la planification de la production.

En tant que président du conseil d’administration de la TUSAF, quels seront vos principaux axes d’action sur la période à venir ?

Dès le premier jour de notre mandat, nous avons élaboré une feuille de route claire couvrant la période 2025-2028. Cette feuille de route se concentre sur quatre priorités clés.

La première est de maintenir notre position de leader dans les exportations. La Türkiye est le leader mondial des exportations de farine depuis 12 ans. Cependant, la récente baisse des exportations nous a montré que maintenir ce leadership nécessite désormais beaucoup plus d’efforts et d’innovation. En analysant les marchés stratégiques, les politiques de commerce extérieur et nos avantages logistiques, nous visons à reconquérir les marchés perdus et à nous développer sur de nouveaux marchés.

Notre deuxième axe porte sur la transformation sectorielle – en particulier la “double transition”, c’est-à-dire la numérisation et la transition écologique. Celles-ci ne sont plus optionnelles mais obligatoires. Les modèles de production durable, l’efficacité énergétique et la réduction de l’empreinte carbone figureront parmi nos principales priorités pour la période à venir.

Notre priorité suivante est de relever les défis structurels. La capacité inutilisée dans le secteur dépasse 50 %, ce qui est préoccupant. Pour renforcer la compétitivité des entreprises, nous sommes en dialogue direct avec les institutions publiques afin d’assurer une meilleure planification des capacités, d’améliorer l’accès au financement et de stabiliser l’approvisionnement en matière premières.

Enfin, nous visons à transmettre le savoir aux jeunes générations. Le secteur dispose d’un vaste réservoir d’expertise, mais nous devons faire davantage pour la transmettre et attirer les jeunes talents. En tant que TUSAF, nous prévoyons d’élargir les programme de formation, les visites techniques et les collaborations université-industrie.

La durabilité prend une importance croissante dans tous les secteurs. Quelles mesures les minoteries turques devrait-elles prendre pour réduire leur impact environnemental ?

La durabilité est devenue une nécessité stratégique pour tous les secteurs industriels, et l’industrie turque de la farine doit renforcer son engagement dans ce domaine dans les années à venir. Les investissements dans l’efficacité énergétique, l’utilisation de l’eau, la gestion des déchets et la réduction des émissions de carbone généreront non seulement des bénéfices environnementaux mais aussi des avantages concurrentiels.

Certaines entreprises leaders ont déjà pris des mesures dans des domaines tels que l’utilisation d’énergies renouvelables, la récupération de chaleur fatale et le suivi numérique de la production. Cependant, ces pratiques doivent être généralisées à l’ensemble du secteur. Dans le cadre de la double transition (numérisation et transformation écologique) la mise en place de systèmes optimisant l’utilisation des ressources et d’infrastructures numériques assurant des ressources et d’infrastructures numériques assurant la traçabilité est désormais inévitable.

Les réglementations internationales telles que le Green Deal affecteront directement nos entreprises exportatrices, c’est pourquoi ces sujets resteront parmi les axes clés que nous soutiendrons en tant que fédération dans la période à venir.

Comment les tendances mondiales – telles que l’évolution des prix du blé et les politiques commerciales internationales – affectent-elles l’industrie turque de la farine et votre travail ?

Les prix du blé comptent parmi les facteurs les plus critiques pour notre secteur. Alors que la récolte de l’année dernière était d’environ 21 millions de tonnes, nous prévoyons un rendement inférieur cette année en raison de la sécheresse et du gel. Les prix de vente récemment annoncés par l’Office turc des céréales (TMO) début octobre sont, à notre avis, équilibrés pour l’industrie.

Les politiques commerciales internationales ont un impact direct sur nos exportations. Par exemple, les restrictions commerciales mises en place à la mi-2024 ont entraîné une baisse de près de 30 % des exportations de farine. De telles interventions rendent difficile le maintien de la stabilité du marché. De plus, la fiscalité injuste et les barrières non tarifaires dans des marchés clés comme l’Irak réduisent notre compétitivité.

Compte tenu des politiques d’exportation agressives de pays comme la Russie et l’Égypte, la Turquie a besoin d’une politique d’exportation plus stratégique et coordonnée. À cet égard, TUSAF continue de fournir des recommandations politiques aux autorités publiques et d’orienter les acteurs du secteur vers des marchés alternatifs.

Quelles sont, selon vous, les plus grandes opportunités et les principaux défis auxquels l’industrie turque de la farine est confrontée, et quelles initiatives TUSAF met-elle en œuvre ou prévoit-elle pour les soutenir ?

L’industrie turque de la farine dispose d’avantages significatifs sur des marchés stratégiques tels que le Moyen_orient, l’Afrique et l’Asie centrale, grâce à ses normes de qualité élevées et à son expérience en production. Notre position géographique, nos avantages logistiques et nos liens culturels renforcent encore notre potentiel d’exportation, tandis que sur le marché intérieur, une population jeune et une demande croissante de produits fonctionnels offrent de nouvelles opportunités.

Cependant, le secteur doit également faire face à de sérieux défis. Une capacité inutilisée dépassant 50 %, l’instabilité de l’approvisionnement due au changement climatique et les incertitudes du commerce extérieur menacent toutes la durabilité à long terme. De plus, des pratiques fiscales injustes sur certains marchés sapent notre capacité d’exportation.

Chez TUSAF, nous avons mis en place des groupes de travail pour recueilli les problématiques directement sur le terrain et les actions de sensibilisation et de formation pour guider les producteurs dans la digitalisation, la durabilité et le commerce extérieur, et nous prévoyons des collaborations avec les universités pour attirer des jeunes professionnels dans le secteur. La reconquête des marchés perdus et le renforcement des exportations grâce à des stratégies publiques-privées coordonnées restent parmi nos principales priorités.

Pourriez-vous nous parler de la “Réunion élargie du secteur” qui s’est tenue du 2 au 5 octobre ? Comment cela s’est-il déroulé, combien de participants avez-vous eu et quels messages clés avez-vous partagés ?

Comme chacun le sait, chaque année nos associations membres organisent des réunions d’évaluation post-récolte. Cette année, nous avons organisé l’événement à Gaziantep sur le thème “Projections futures post-récolte”, accueilli par l’Association des Industriels de la Farine de Çukurova (ÇUSD) et l’Association des Industriels de la Farine du Sud-Est (GUSAD).

Au nom de notre organisation faîtière TUSAF et de mon association estimée, nous avons eu le plaisir d’accueillir plus de 550 participants. Nous avons visité certains des sites les plus remarquables de la ville, découvert sa riche cuisine locale et échangé des points de vue avec des parties prenantes clés telles que l’Office turc des céréales (TMO), des institutions publiques et des représentants du secteur à cette étape importante de l’après-récolte.

Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à tous les participants, institutions et sponsors qui nous ont soutenus et accompagnés tout au long de cet événement réussi.

Que souhaitez-vous partager au sujet du 20e Congrès et Salon international TUSAF qui aura lieu l’année prochaine ?

En tant que l’une des plus grandes organisations non gouvernementales de l’industrie alimentaire turque, nous accordons une grande importance à la création de plateformes de consultation et de collaboration pour trouver des solutions aux défis sectoriels.

Dans ce contexte, TUSAF organisera son 20e Congrès et Salon international sur le thème “Résilience climatique et avenir du commerce”, qui se tiendra du 12 au 15 février 2026 à l’hôtel Kaya Palazzo à Antalya.

Après avoir accueilli plus de 1500 invités au cours des deux dernières années en tant que plus grand congrès alimentaire de Turquie, nous sommes fiers de continuer à rassembler les leaders du secteur, les experts et les parties prenantes pour façonner l’avenir de notre secteur.

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