HomeStockage & ManutentionDe la ventilation manuelle à l’aération pilotée par les données

De la ventilation manuelle à l’aération pilotée par les données

La nouvelle norme pour la performance du stockage des céréales

par Léopold Delay, Responsable du déploiement international, Javelot, France

À travers l’Europe et l’Amérique du Nord, les organisations de stockage de céréales opèrent dans un environnement de plus en plus complexe. La hausse des coûts énergétiques, les contraintes de main-d’œuvre, des attentes de qualité plus strictes et la pression sur les marges convergent à un moment où les réseaux de stockage s’étendent par le biais de consolidations.

Les responsables opérationnels doivent désormais gérer des volumes plus importants de céréales sur des sites géographiquement plus dispersés, souvent sans augmentation significative des effectifs ou des infrastructures techniques. Parallèlement, le coût des pertes, de la dégradation de la qualité et des inefficacités dans l’utilisation de l’énergie continue de réduire la rentabilité.

Le défi du multi-sites

À mesure que la consolidation transforme l’industrie du stockage des céréales, les opérateurs gèrent de plus en plus des réseaux d’installations plutôt que des sites uniques. Ce changement introduit de nouvelles complexités opérationnelles :

  • Visibilité limitée sur les actifs répartis
  • Variabilité des pratiques et des performances locales
  • Dépendance accrue à des équipes sur site moins expérimentées
  • Difficulté à standardiser les processus à grande échelle

Dans ce contexte, un levier opérationnel reste à la fois crucial et sous-optimisé : la ventilation.

Le coût caché de la ventilation manuelle

La ventilation est fondamentale pour préserver la qualité des céréales. Pourtant, dans de nombreuses installations, elle est encore gérée à l’aide de processus manuels ou d’outils basiques tels que des thermostats ou des horaires fixes.

Bien que ces approches puissent sembler suffisantes, elles introduisent plusieurs inefficacités systémiques :

  1. Risque accru de détérioration

La ventilation manuelle ou basée sur des horaires ne tient pas compte des variations en temps réel des conditions de l’air ambiant ou du comportement de la masse de céréales. Par conséquent, la ventilation a souvent lieu lorsque les conditions sont sous-optimales, ce qui entraîne un refroidissement inégal et incohérent, mettant en danger la santé des céréales.

  • Gaspillage d’énergie

Faire fonctionner les ventilateurs lorsque le potentiel de refroidissement est faible est inefficace et entraîne une perte d’énergie significative. Sans contrôle précis, les opérateurs ne peuvent pas garantir que chaque kilowattheure contribue réellement au refroidissement des céréales.

  • Charge opérationnelle

La surveillance manuelle devient de plus en plus difficile à gérer sur plusieurs sites. Les résultats dépendent fortement du jugement de l’opérateur et peuvent être sujets à des erreurs humaines. Pour les opérateurs multi-sites, il devient presque impossible de standardiser les meilleures pratiques lorsqu’on s’appuie sur le jugement individuel plutôt que sur une logique cohérente et pilotée par les données.

Le résultat est un écart entre les objectifs de préservation des céréales et la performance opérationnelle réelle.

Une transition vers une ventilation pilotée par les données

La ventilation automatisée, alimentée par l’intelligence des données, répond à ces défis en transformant la manière dont les décisions sont prises.

Au lieu de s’appuyer sur des seuils statiques ou sur l’intervention humaine, les systèmes modernes analysent en continu la température et l’humidité ambiantes, en plus des profils de température des céréales à l’intérieur des silos. En combinant ces flux des données, les systèmes automatisés déterminent quand la ventilation refroidira effectivement les céréales de manière efficace – et ne s’activent que lorsque les conditions sont optimales.

Cette approche offre trois avantages essentiels :

  • Précision : La ventilation est déclenchée en fonction du potentiel thermodynamique réel de refroidissement, et non sur la base d’hypothèses.
  • Efficacité : La ventilation automatisée peut réduire considérablement la consommation d’électricité et diminuer les coûts, avec un impact direct sur la rentabilité.
  • Évolutivité : Les meilleures pratiques opérationnelles sont intégrées dans le système, permettant des performances cohérentes sur plusieurs sites sans augmenter la charge de travail.

En centralisant les données et la logique de prise de décision, les organisations peuvent libérer une valeur stratégique :

  • Surveiller tous les silos sur tous les sites en temps réel.
  • Appliquer des stratégies de ventilation cohérentes quel que soit l’emplacement.
  • Réduire la dépendance au jugement individuel.
  • Améliorer la performance globale du réseau grâce à un modèle opérationnel centralisé.

En essence, l’automatisation transforme la ventilation d’une tâche au niveau du site en un levier de performance au niveau du réseau.

Quantifier l’impact

Pour valider l’efficacité de la ventilation automatisée, Arvalis – le principal institut de recherche agricole en France – a mené des essais contrôlés comparant différentes stratégies de ventilation.

Les essais ont été réalisés sur la plateforme expérimentale d’Arvalis au cours de deux campagnes de stockage (2022/2023 et 2023/2024). L’objectif était de mesurer le nombre d’heures de ventilation nécessaires pour atteindre une température cible du grain de 12,5°C, un indicateur clé pour un stockage sécurisé. Arvalis a évalué trois approches de contrôle distinctes :

  1. Ventilation programmée

La ventilation est activée en fonction des prévisions météorologiques, généralement pendant les créneaux nocturnes (22h00 à 6h00), si les températures prévues restent en dessous d’un seuil prédéfini.

  • Contrôle basé sur thermostat

Les ventilateurs s’activent automatiquement lorsque la température de l’air ambiant descend en dessous d’un seuil fixe, et s’arrêtent lorsqu’elle le dépasse. Le refroidissement s’effectue par étapes successives (par exemple, d’abord à 20°C, puis à 12°C).

  • Contrôle automatique basé sur la différence de température

La ventilation est déclenchée de manière dynamique en fonction de la différence entre la température du grain (à son point le plus chaud) et la température de l’air ambiant.

Au lieu d’un seuil fixe, cette méthode ajuste en continu les conditions d’activation, ventilant généralement uniquement lorsque l’air entrant est de 7 à 10°C plus froid que le grain (étendu à 8-20°C la deuxième année).

Principaux résultats

Les résultats des deux campagnes étaient cohérents et très révélateurs.

  1. Moins d’heures, meilleure performance

Dans tous les scénarios, le contrôle automatisé basé sur la différence de température a systématiquement nécessité le moins d’heures de ventilation pour atteindre les températures cibles.

En 2023/2024 :

  • Le contrôle automatisé n’a nécessité que 142 heures.
  • Le contrôle par thermostat a nécessité le plus d’heures avec 412 heures.
  • La ventilation programmée a nécessité 296 heures.

Le contrôle automatisé représente une réduction allant jusqu’à 65 % des heures de fonctionnement par rapport au contrôle basé sur thermostat.

Sur les deux années, le contrôle basé sur thermostat a nécessité 60 à 90 % de temps de ventilation en plus par rapport au contrôle basé sur la différence de température.

Une troisième année d’essais lors de la campagne de récolte 2025, avec une température cible plus basse de 10°C, confirme cette tendance. Le contrôle automatisé (Javelot) a nécessité 380 heures de ventilation, contre 692 heures pour le contrôle basé sur thermostat, tout en atteignant la cible à la même date. Malgré l’objectif différent, ces résultats renforcent encore l’efficacité du contrôle basé sur la différence de température.

  • Plus de ventilation ne signifie pas un refroidissement plus rapide

L’un des enseignements les plus importants est qu’un fonctionnement prolongé des ventilateurs n’équivaut pas à un refroidissement plus rapide ou plus efficace.

Bien que le contrôle basé sur thermostat ait parfois permis d’atteindre des dates de fin légèrement plus précoces, la différence était minime – généralement pas plus de sept jours. De plus, le contrôle basé sur thermostat a nécessité beaucoup plus d’énergie et de temps de fonctionnement pour le refroidissement.

  • La qualité de l’air compte plus que la fréquence d’activation

L’étude met en évidence une distinction essentielle :

  • Les systèmes basés sur thermostat s’activent plus fréquemment, y compris lorsque l’air est seulement légèrement plus frais.
  • Le contrôle automatique basé sur la différence de température s’active moins souvent mais avec un air nettement plus froid.

Comme le montre l’analyse des températures de l’air entrant, l’approche différentielle injecte systématiquement un air plus frais dans la masse de grain, ce qui est plus efficace pour l’extraction de la chaleur.

Au-delà de l’efficacité : l’impact sur l’entreprise

Réduire les heures de ventilation n’est pas seulement une amélioration technique – cela a des implications directes pour l’entreprise.

En éliminant l’utilisation inefficace des ventilateurs, les opérateurs peuvent réduire considérablement la consommation d’électricité – souvent jusqu’à 30 %.

Un refroidissement plus précis réduit le risque de points chauds, de migration de l’humidité et de détérioration, préservant ainsi la valeur du grain.

Les installations de stockage fonctionnent de manière plus prévisible, avec moins d’interventions et moins de variabilité.

Une consommation d’énergie réduite se traduit par une empreinte carbone moindre – un facteur important tant pour les régulateurs que pour les clients.

Javelot : Transformer les données en avantage opérationnel

Bien que le concept de ventilation automatisée gagne du terrain, son efficacité dépend de la qualité des données et de l’intelligence qui y est appliquée. 

Javelot se distingue en combinant les caractéristiques suivantes :

  • Surveillance des conditions du grain et de l’environnement pour prévenir le dessèchement et les points chauds avec des alertes instantanées.
  • Algorithmes avancés déterminant les créneaux de ventilation optimaux et l’aération automatisée.
  • Une plateforme centralisée pour visualiser et gérer plusieurs sites en temps réel.
  • Analyse continue des performances pour améliorer l’efficacité de la ventilation au fil du temps.

Une fois connectés, les opérateurs de stockage bénéficient d’une visibilité totale sur leur réseau – permettant de meilleures décisions, des temps de réponse plus rapides et des résultats cohérents.

Plus important encore, Javelot fait passer la ventilation d’une tâche réactive à une stratégie proactive et axée sur les données – une approche qui aligne l’efficacité opérationnelle sur la performance de l’entreprise.

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