L'Afrique de l'Est peine à répondre à la demande croissante de riz de la région car les contraintes politiques, le marché non structuré et les changements entravent l'accélération des programmes de production, de transformation et de commercialisation des pays subsahariens.
Bien que le Conseil des Céréales d'Afrique de l'Est (EAGC) affirme que la production augmente lentement, le secteur rizicole de la région ne répond pas à la demande du marché en raison des liens insuffisants entre régions excédentaires et déficitaires et aussi des politiques commerciales défavorables.
L'Afrique de l'Est a le potentiel d'étendre sa production de riz mais en raison des 'défis actuels du marché du riz, comme les marchés informels, insuffisants et non structurés couplés avec des contraintes politiques et des changements dans la dynamique du commerce mondial du riz ont eu un impact négatif sur le commerce du riz', selon Jacinta Mwau, EAGC.
A la fin de 2017, les pays d'Afrique de l'Est importaient du riz d'une valeur annuelle de 500 millions de dollars pour combler le déficit de production selon l'EAGC.
L'ancien secrétaire permanent à l'agriculture du Kenya, M. Romano Kiome, a déclaré précédemment que le potentiel d'expansion de la production et de la transformation du riz dans la région 'n'a pas reçu l'attention nécessaire en matière de soutien politique et institutionnel'.
Kiome a indiqué que pour le cas du Kenya, le secteur du riz pourrait 'améliorer la sécurité alimentaire et les conditions de vie des plus pauvres, que ce soit en zone urbaine ou rurale' si seulement les obstacles à l'augmentation de la production, de la transformation et de la commercialisation sont supprimés.
La demande en riz au Kenya est estimée à 300 000 tonnes métriques alors que la production du pays est estimée entre 45 000 et 80 000 tonnes métriques.
Cet important écart est actuellement pris en compte dans le cadre d'une stratégie décennale nationale de développement de la riziculture qui a été lancée en 2008 et se termine donc cette année. Cependant, les efforts antérieurs pour réduire l'écart n'ont pas atteint de nombreux objectifs fixés dans le plan, selon M. Zachary Mwangi, directeur général du Bureau des statistiques du Kenya.
Il dit, dans l'Etude économique de 2017, que bien que la superficie pour la production de riz ait augmenté de 4,2% pour atteindre 14 586 hectares, la production a chuté de 12,9%.
M. Mwangi affirme que le Kenya a produit 101 500 tonnes de riz en 2016, contre 116 500 tonnes en 2015.
'Le déclin a été précipité par les conditions météorologiques sèches qui ont entraîné une insuffisance d'eau pour l'irrigation dans les zones de riziculture', a-t-il dit.
Le riz au Kenya est produit dans les régions de Nyanza, du Centre, de l'Ouest et des régions côtières, où de grandes usines de riziculture ont été développées pour traiter plus de 33 tonnes de riz par jour.
On estime que 80% du riz, troisième céréale la plus importante au Kenya, après le maïs et le blé, est cultivé par irrigation et 20% dépendent des précipitations.
Malgré la production limitée, la consommation de riz, en particulier le riz Basmati, a augmenté de 12% par an contre 4% pour le blé et 1% pour le maïs selon le ministère de l'Agriculture. La consommation de riz par habitant aurait augmenté de 57%, passant de 7 à 11kg par an en 2016.
Cette forte augmentation de la consommation s'est traduite par une augmentation des importations de riz, notamment en provenance du Pakistan, de Thaïlande, d'Inde, du Vietnam et d'autres pays d'Afrique de l'Est pour répondre à la demande et combler les déficits d'approvisionnement.
Pour les pays d'Afrique de l'Est, l'importation de riz pour faire face au déficit croissant est une arme à double tranchant. Alors que les importations aide à faire face aux pénuries, elle crée également des possibilités de dumping, avec des prix bas pour le riz ce qui étrangle la production nationale.
'Incidents d'importation de riz bon marché de qualité médiocre reconditionné frauduleusement représentant une concurrence déloyale au riz produit localement', indique le rapport de la stratégie nationale de développement de la riziculture de 2008-2018 du ministère de l'Agriculture du Kenya.
Mais pour faire face au problème du riz de mauvaise qualité en Afrique de l'Est, les gouvernements de la région par l'intermédiaire de la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC), une organisation intergouvernementale composée de six pays de la région africaine des Grands Lacs a décidé de taxer le riz en provenance de l'extérieur de la région de 345$ par tonne (montant le plus élevé), afin de protéger le secteur de l'effondrement.
Cependant, les autres pays de l'EAC (Tanzanie, Ouganda, Burundi, Rwanda et Soudan du Sud) ont autorisé le Kenya à imposer une taxe moindre de 35%, soit 200$ par tonne pour encourager un peu plus de riz à combler la grave pénurie de riz de qualité.
Alors que le Kenya s'interroge sur la façon de réorganiser les composantes non mises en oeuvre de la stratégie nationale de développement du riz qui arrivera à échéance à la fin 2018, le gouvernement devrait s'attaquer à plusieurs défis pour que les négociants de riz améliorent leurs opérations.
Par exemple, le régime foncier dans certaines parties des régions rizicoles constitue un obstacle à la croissance. Les agriculteurs de ces régions n'ont pas de titres pour leurs exploitations, ce qui les empêche d'avoir accès au crédit pour améliorer leurs activités agricoles.
Parmi les autres défis importants auxquels le secteur rizicole du Kenya est confronté, il y a le manque de main-d'oeuvre, le coût élevé des intrants, le manque d'accès au financement et le commerce transfrontalier croissant mais non coordonné.
La demande devrait continuer à croître au Kenya, et en Afrique de l'Est également, principalement en raison de l'urbanisation croissante, de l'expansion de la classe moyenne et du marché de détail.
En outre, le gouvernement national et les gouvernements de comtés où le riz est cultivé essaient également d'augmenter la production de la nouvelle variété de riz développée par le centre du riz pour l'Afrique, destiné à augmenter les rendements du riz sur le continent.
Selon l'Alliance agroalimentaire du Kenya, le pays a beaucoup plus d'opportunités d'investissement dans le secteur rizicole que d'autres pays de la région.
'La variété NERICA (dévelopée pour l'Afrique) offre au Kenya un avantage concurrentiel significatif dans la production de riz étant donné son potentiel de rendement plus élevé et ses coûts de production plus bas', indique l'Alliance dans son rapport sur les opportunités d'investissements au Kenya.'
Il indique que la variété de riz, qui a été développé par le croisement de cultivars résistants à la maladie et à la sécheresse en Afrique, a la capacité de produire 156% plus de riz qu'actuellement.
'L'introduction de la variété de riz NERICA, qui est capable de pousser dans les zones semi-arides, offre une opportunité significative d'améliorer la prospérité des agriculteurs et des communautés environnantes grâce à la production et la transformation du riz à grande échelle.'
Il ressort de la longue liste d'objectifs réalisables énoncés dans la Stratégie nationale pour le développement du riz 2008-2018 que plusieurs éléments du plan pourraient ne pas être mis en oeuvre d'ici la fin de l'année, ce qui nécessite un partenariat étroit entre le gouvernement et le secteur privé pour assurer la réussite de ce projet, pour une meilleure production, transformation et commercialisation du riz au Kenya et en Afrique de l'Est.