par Olga Lemâle, Amine Mellouk et Jessika Consuegra, équipe technique ‘Porcs’, Adisseo
Face à l’augmentation des nouvelles menaces virales, les glycérides C12 offrent une approche innovante pour renforcer les défenses immunitaires des porcs.
Les infections virales constituent une menace constante pour la production porcine mondiale. Elles peuvent avoir de graves répercussions sur la santé et le bien-être des porcs, entraînant souvent des problèmes respiratoires, des pertes de reproduction, une baisse de la croissance et une mortalité accrue. Cela impacte négativement les performances globales du troupeau et la rentabilité des exploitations. De plus, les conséquences économiques vont au-delà des pertes de production directes. Les coûts indirects incluent une baisse de l’efficacité alimentaire, des frais vétérinaires plus élevés, des dépenses supplémentaires en main-d’œuvre et en biosécurité, et parfois des restrictions commerciales, surtout si le virus est transmissible à l’homme.
Les virus peuvent se propager rapidement au sein des exploitations et entre elles et sont particulièrement difficiles à contrôler. Un exemple récent est la forte augmentation des cas de grippe porcine en France, liée à l’émergence d’un nouveau génotype viral (H1N2#E) qui semble capable de contourner l’immunité porcine existante. Cela illustre la rapidité et l’imprévisibilité de l’évolution des virus.
Les maladies virales hautement contagieuses comme la peste porcine africaine (PPA) sont particulièrement préoccupantes. En l’absence de traitement ou de vaccin efficace, les épidémies de PPA entraînent une déclaration obligatoire, des mesures de quarantaine strictes pour empêcher toute propagation, voire l’abattage. Cela entraîne de lourdes pertes économiques pour les exploitations et les régions touchées. En bref, ne rien faire face aux menaces virales serait impossible.
Le virus du SDRP échappe au système immunitaire
Présentons l’un des virus les plus difficiles à contrôler : le virus du syndrome dysgénésique et respiratoire porcin (SDRP). Ce virus est responsable d’une maladie répandue et économiquement dévastatrice dans la production porcine. L’une des raisons de son « succès » réside dans sa capacité à déjouer le système immunitaire. En interférant avec les principales voies immunitaires, le SDRP manipule et échappe au système immunitaire de l’hôte.
Contrairement à la PPA, le SDRP peut être géré dans une certaine mesure, principalement par la vaccination. Pourtant, malgré plus de 30 ans d’utilisation de la vaccination, le contrôle du SDRP reste difficile. Le taux de mutation élevé du virus et ses stratégies d’évasion immunitaire signifient que même les troupeaux vaccinés peuvent être confrontés à des problèmes de reproduction et à des problèmes respiratoires lors des épidémies. Une lutte efficace ne se limite pas à la vaccination : une biosécurité stricte, la stabilité du troupeau et une nutrition ciblée sont essentielles pour renforcer la résilience et minimiser l’impact de la maladie.
Une réponse immunitaire efficace et rapide chez les porcs peut être influencée positivement par la réduction du stress, la mise en place de bonnes pratiques de gestion et de santé, et le respect des protocoles de vaccination. La nutrition joue également un rôle de plus en plus important. Au fil des ans, nous avons mieux compris qu’une alimentation adaptée et bien formulée peut améliorer la résilience des animaux aux maladies, y compris les infections virales. La nutrition peut contribuer à réduire la gravité de la maladie, mais aussi à maintenir les performances et la productivité pendant et après l’infection.
Les glycérides C12 et leur contribution à la lutte contre le virus du SDRP
Les glycérides C12 sont connus pour leurs effets immunostimulants et immunomodulateurs. Des études in vitro récentes ont confirmé leur potentiel antiviral contre le virus du SDRP. En effet, le virus du SDRP cible les macrophages alvéolaires porcins comme principal site d’infection. Lorsque ces cellules ont été exposées ex vivo au virus du SDRP, avec ou sans supplémentation en glycérides C12, la réplication virale a été significativement réduite. Cet effet antiviral direct ex vivo est cohérent avec des résultats scientifiques antérieurs montrant que les glycérides C12 peuvent perturber et lyser les particules virales enveloppées.
Dans la même étude, les glycérides C12 ont également montré un effet antiviral indirect. Les taux de cytokines pro-inflammatoires clés (molécules messagères), telles que le TNF-α et l’IL-8, ont considérablement augmenté par rapport aux témoins non traités, malgré les capacités immunosuppressives du virus. C’est une bonne nouvelle, car le virus du SDRP inhibe normalement la production de ces cytokines. Elles sont essentielles à la dégradation du système immunitaire, ce qui suggère que les glycérides C12 pourraient contribuer à contrer la clairance virale induite par le virus du SDRP et, par conséquent, à améliorer la clairance virale.
L’effet antiviral le plus marqué a été observé lorsque les macrophages ont été prétraités avec des glycérides C12, entraînant une réduction de la charge virale d’environ 3 log, soulignant leur potentiel en tant qu’approche préventive. Bien que ces résultats soient basés sur des essais en laboratoire, ils étayent l’idée qu’en conditions réelles, les glycérides C12 renforcent principalement la capacité du système immunitaire à combattre le virus du SDRP.
Du laboratoire à l’élevage : Améliorer les indicateurs clés de performance en production porcine
1. Amélioration de la productivité
Qu’est-ce que cela signifie à l’échelle de l’élevage ? Des essais pratiques menés par Adisseo montrent des effets prometteurs de l’intégration de FRA® C12 Dry dans les programmes de santé du troupeau. Dans une ferme de Belfian, lors d’une grave épidémie de SDRP, la supplémentation des truies avec FRA® C12 Dry à raison de 3 kg/tonne d’aliment – débutant un jour avant la mise bas – a entraîné une réduction notable de la mortalité avant sevrage, passant de 14,1 % dans le groupe témoin à 10,0 % dans le groupe traité. Cela a donné lieu à un nombre relativement plus élevé de porcelets sevrés avec succès.
2. Moins d’infections secondaires avec les glycérides C12
De plus, les porcelets sevrés ayant reçu FRA(R) C12 Dry dans leur alimentation ont nécessité peu d’injections médicales contre les problèmes locomoteurs, probablement causés par Streptococcus suis. Le nombre de traitements est passé de 3,2 à 1,9 pour 100 porcelets. Cette réduction suggère que FRA(R) C12 Dry réduit la sensibilité aux infections bactériennes secondaires après une infection par le virus SDRP, ce qui pourrait être lié à une meilleure résistance globale à la maladie et à de meilleures performances.
Des tests en laboratoire récents ont confirmé cette hypothèse. Adisseo a démontré que les sucs digestifs des porcelets infectés par le virus SDRP ayant reçu FRA(R) C12 Dry dans leur alimentation présentaient un effet antibactérien beaucoup plus puissant contre Streptococcus suis – une possible infection secondaire – par rapport au groupe témoin non traité.
3. Réduction de l’excrétion virale du virus du SDRP
Il est important de noter que FRA(R) C12 Dry a également démontré un effet net sur la réduction de l’excrétion virale dans un élevage positif au virus du SDRP en Belgique. Sept jours après le sevrage, seuls 10 % des enclos du groupe traité étaient positifs au virus du SDRP, contre 20 % dans le groupe témoin. Au 37e jour, la différence était nettement marquée : 20 % d’enclos positifs au virus du SDRP dans le groupe traité contre 70 % dans le groupe témoin. Cette réduction significative souligne le potentiel de FRA(R) C12 Dry à limiter la propagation du virus aux porcelets naïfs et à réduire la pression virale globale dans l’élevage.
Cette diminution de l’excrétion virale a également été observée lors d’un essai de provocation contrôlé mené dans un centre de recherche. Les porcelets sevrés au 24e jour recevaient ou non du FRA(R) C12 dans leur alimentation. Au 28e jour, les animaux ont été inoculés par voie intranasale avec le virus du SDRP pour induire une infection expérimentale. Comme prévu, leur température corporelle et leurs anticorps contre le virus du SDRP ont réagi à l’infection. Deux semaines plus tard, les porcelets supplémentés en FRA (R) C12 dans leur alimentation ont présenté une excrétion nasale inférieure de 14 % à celle du groupe témoin. La diminution de la circulation virale observée était probablement due à une réaction immunitaire plus efficace avec les glycérides C12.
4. Amélioration de la réponse immunitaire
L’infection par le virus du SDRP est connue pour inhiber la production de cytokines pro-inflammatoires, limitant ainsi l’activation de la réponse immunitaire innée. L’essai de provocation in vivo a confirmé les résultats in vitro concernant l’effet antiviral indirect des glycérides C12. Les molécules messagères clés (telles que les cytokines pro-inflammatoires TNF-a et IFN-y) étaient plus fortement augmentées dans les échantillons de sang et de poumons des porcelets ayant reçu des glycérides C12.
Glycérides C12 : un soutien prometteur au-delà du virus du SDRP
Bien que les glycérides C12 ne puissent remplacer les vaccins ni la biosécurité, ils constituent un outil nutritionnel puissant pour renforcer la résilience antivirale des porcs. Leurs effets prouvés – de la réduction de l’excrétion du virus du SDRP à l’amélioration des réponses immunitaires – en font un complément précieux aux stratégies modernes de santé des troupeaux. Les résultats de terrain sont prometteurs, montrant une mortalité des porcelets plus faible et moins d’infections secondaires en cas de SDRP. Grâce à des essais complémentaires en cours, FRA (R) C12 Dry pourrait être utile dans la lutte contre les menaces virales émergentes en production porcine.



