par Shifa Sanofer Khair, chargée de recherche junior et Aneesh Sane, directeur de recherche, Fortify Health, Inde
La fortification est une méthode mondialement reconnue et rentable pour remédier aux carences nutritionnelles et améliorer ainsi la santé publique. L’un des principaux objectifs de l’enrichissement est de rétablir les micro nutriments essentiels perdus au cours de la transformation des aliments. L’anémie est un problème majeur de santé publique en Inde, avec une forte prévalence dans tout le pays. Cela souligne l’importance d’explorer et d’étendre les interventions nutritionnelles, y compris les efforts de fortification. Cet article décrit la portée de l’enrichissement de la farine de blé raffinée (communément appelée maida) et son potentiel pour lutter contre l’anémie ferriprive en Inde.
Pourquoi la fortification de farine maida ?
Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi l’enrichissement de la farine maida pourrait constituer une stratégie de santé publique prometteuse en général.
L’enrichissement de la farine maida est une pratique éprouvée et largement adoptée : 105 pays ont adopté l’enrichissement de la farine de blé et 92 pays ont déjà rendu obligatoire l’enrichissement de la farine de blé, principalement pour la farine laide. Les farines à faible extraction comme la farine maida contiennent moins de fer que les farines à forte extraction comme la farine de blé entier. La farine maida apporte généralement moins de fer que la farine de blé complet. Le processus de raffinage qui consister à enlever la couche extérieure du grain de blé pour produire la farine maida entraîne une perte importante de micro nutriments, en particulier de fer et de vitamines.
Toutefois, le fer contenu dans les farines à faible extraction comme la farine maida, est plus bio disponible, c’est-à-dire qu’il est plus facile à absorber par l’organisme que celui contenu dans les farines à forte extraction, comme la farine de blé entier. L’acide phytique, présent dans les céréales complètes, se lie aux minéraux et en réduit l’absorption mais la farine maida présente des niveaux plus faibles d’acide physique en raison de l’élimination du son et du germe lors du raffinage, ce qui améliore la biodisponibilité du fer.
L’enrichissement de la farine maida en Inde
L’enrichissement de la farine maida peut constituer une opportunité intéressante de lutter contre l’anémie ferriprive en Inde, et ce pour plusieurs raisons.
Prévalence de l’anémie : L’anémie est un problème majeur de santé publique en Inde. Les données récentes de l’enquête nationale sur la santé familiale-5 (2019-2021) révèlent une augmentation inquiétante des taux d’anémie en Inde, en particulier chez les femmes en âge de procréer, passant de 53 à 57 %. Les résultats de l’enquête nationale complète sur la nutrition (CNNS) de 2019 montrent également que plus de 60 % des cas d’anémie en Inde sont imputables à une mauvaise alimentation et à une carence en fer.
Le blé en tant que denrée de base : La farine de blé est un aliment de base du régime alimentaire indien. En Inde, la farine de blé est classée en deux catégories : la farine de blé complète (chakki atta) et la farine de blé raffinée (maida). De grandes quantités de farine maida sont produites en Inde chaque année : Au cours de l’année fiscale 2018, environ 1,76 million de tonnes métriques de farine de blé raffinée ont été produites en Inde (Minhas, 2022, Statista) et environ 12 à 15 % du total du blé produit en Inde est utilisé pour les produits transformés et les produits de boulangerie.
Infrastructure réglementaire : La Food Safety and Standard Authority of India (FSSAI) a établi des normes claires pour l’enrichissement de la farine de blé raffinée en micro nutriments tels que le fer, l’acide folique et la vitamine B12.
Principaux défis
Toutefois, l’argument en faveur de l’enrichissement de la farine maida en Inde n’est pas sans ambiguïté. Bien que l’enrichissement de la farine maida puisse présenter des avantages potentiels pour la santé publique, plusieurs incertitudes et défis subsistent. Les principaux défis liés à l’enrichissement de la farine maida en Inde sont la faible consommation de farine maida et le manque de données.
Faible consommation : L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que les bénéficiaires doivent consommer au moins 350 g par semaine de farine enrichie pour que l’enrichissement soit efficace. Les données les plus récentes indiquent que la consommation moyenne globale de farine maida en Inde est bien inférieure à ce seuil, avec 8 g par semaine (enquête sur les dépenses de consommation des ménages (HCES) menée par le National Sample Survey Office (NSSO) entre 2011 et 2012. Ce chiffre est également nettement inférieur à la consommation moyenne nationale de farine de blé entier (ou chakki atta), qui est de 918,9 g par semaine selon les dernières données HCES de 2022-2023.
Variations régionales : Il semble que la consommation de farine maida varie considérablement d’une région à l’autre de l’Inde. Les données de l’enquête HCES 2011-2012 indiquent que les zones urbaines consomment généralement plus de farine maida que les zones rurales. La consommation de farine maida varie également considérablement d’un État à l’autre; les données de l’HCES indiquent que la consommation dans l’Haryana était de 1g/semaine dans les zones rurales et de 1,5g/semaine dans les zones urbaines, tandis que dans le Kerala, elle était de 18,25g/semaine dans les zones rurales et de 23g/semaine dans les zones urbaines. Cela pourrait signifier que l’enrichissement de la farine maida est plus efficace dans certaines régions ou certains contextes que dans d’autres, ce qui rendrait difficile une mise en œuvre à l’échelle nationale.
Limites de données disponibles : Les dernières données disponibles sur la consommation de farine maida datent déjà de plus de 10 ans et ne donnent qu’une image partielle de la consommation de farine maida. Nous avons utilisé les données de l’enquête HCES de 2011-12. Ces données ne sont pas nécessairement représentatives de la consommation actuelle de la faire maida en Inde, car celle-ci pourrait avoir considérablement évolué au cours des douze années qui se sont écoulées depuis la réalisation de cette enquête. En outre, les données n’indiquaient que la quantité de farine maida achetée et consommée directement par les ménages et ne prenaient pas en compte la farine maida consommé dans les produits transformés à base de farine maida (tels que les biscuits et les gâteaux).
Dans l’ensemble, les données dont nous disposons suggèrent que la mise en œuvre à l’échelle nationale de l’enrichissement de la farine maida en Inde pourrait avoir des effets variables.
Participation des meuniers
Le succès des programmes de fortification dépend également de la participation des meuniers en Inde. Nous n’avons pas connaissance d’études ou d’enquêtes importantes menées auprès des meuniers sur le potentiel d’enrichissement de la farine maida en Inde, mais les meuniers joueraient un rôle essentiel dans les processus de production et leur participation serait indispensable pour étendre les efforts d’enrichissement de la farine maida à l’ensemble du pays.
Implications et efforts futurs
Nous pensons qu’il est essentiel de poursuivre les recherches pour relever les défis et les incertitudes liés à l’enrichissement de la farine maida. Les organismes de recherche, l’industrie et les ONG pourraient collaborer et produire beaucoup plus d’informations et de preuves sur le potentiel de l’enrichissement de la farine maida en Inde. En particulier, les activités suivantes peuvent être prometteuses :
- Des enquêtes approfondies pour mieux comprendre les schémas de consommation et de production de farine maida dans les différentes régions.
- Engagement avec les meuniers our identifier les obstacles à l’enrichissement de la farine maida.
- Recherche sur l’efficacité de l’enrichissement en micro nutriments, les pertes dues à la cuisson et les besoins spécifiques des différentes populations.
- Évaluations de la chaîne d’approvisionnement afin de garantir la couverture et la disponibilité constante des produits fortifiés.
Si certaines recherches suggèrent que l’enrichissement de la farine de blé complète (chakki atta) pourrait être une option plus prometteuse que l’enrichissement de la farine de blé raffinée dans les pays à revenu faible et intermédiaire, nous n’aurons pas de réponse définitive à cette question tant que des recherches supplémentaires n’auront pas été menées. En tout état de cause, des études d’acceptabilité par les consommateurs, des analyses coûts-efficacité et une sélection ciblée des États seraient essentielles pour garantir le succès et la durabilité des efforts d’enrichissement de la farine maida en Inde.
Remerciements
Nous tenons à remercier sincèrement Scott Montgomery de l’Initiative pour l’enrichissement des aliments et le Dr Suresh Sakhare du CFTRI, Mysore, Inde, pour avoir partagé leurs précieuses connaissances en rapport avec cet article.