par Antoine Tanguy, Milling and Grain
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Cet été a pris un tour que je n’espérais pas connaitre d’aussi près. Depuis la mi-juillet, les incendies qui ravagent le massif des Landes de Gascogne, entre Gironde et Landes, ont brûlé plus de 40 000 hectares et forcé l’évacuation de centaines de milliers d’habitants. Vivant moi-même en Gironde, j’ai vu le changement climatique cesser d’être une abstraction.
Cette moisson 2026 restera, pour les céréaliers et les meuniers français, celle du feu et de la chaleur.
Si l’on pense que “chaleur rime avec mauvaise récolte”, on n’a pas tout à fait tort, mais la réalité n’est pas la même partout en France. Il existe une divergence croissante entre les grands bassins céréaliers du pays – la Beauce, le Centre-Val de Loire, les Hauts-de-France – et le Sud-Ouest, où la sécheresse a nourri des feux d’une ampleur inédite. Aucune catastrophe généralisée n’est à prévoir pour la moisson française, mais les prévisions de récolte record pourraient bien ne pas se concrétiser partout.
FranceAgriMer et Intercéréales ont eux aussi revu leurs prévisions à la baisse pour certaines régions. Et il n’est pas encore certain de savoir où se trouveront, cette année, les blés de la meilleure qualité meunière.
Les canicules de juin, puis de juillet, ont raccourci la phase critique de remplissage du grain, ce qui se traduit par des poids spécifiques plus faibles, des grains plus petits et davantage de pertes au criblage. Mais si la quantité recule, la qualité pourrait, elle, progresser, grâce à un risque de mycotoxines réduit, des grains plus propres et un rapport protéines/amidon plus favorable.
La moisson 2026 nous montre à tous à quel point le changement climatique redéfinit ce qu’est un bon blé. Le défi de la France n’est plus seulement de produire suffisamment de blé, mais de produire, de façon constante, suffisamment de blé de qualité meunière. À mesure que le climat devient plus instable, rendement, taux de protéines, calibre du grain, taux d’extraction et qualité fonctionnelle tirent dans des directions de plus en plus divergentes, exigeant une flexibilité accrue de la part des sélectionneurs, des producteurs, des négociants et des meuniers.
Un cas parlant
Pourquoi est-ce que j’évoque tout cela, moi qui ne suis pas meunier de métier ? Parce que notre grand dossier de ce mois sur le mélangeuse farines s’intéresse justement à la façon dont les meuniers français répondent aux défis actuels, pour livrer aux boulangeries et aux industries agroalimentaires des farines constantes d’une saison à l’autre. Composer avec une météo changeante pendant la moisson peut réserver bien des surprises, au moulin comme dans les champs.
James Cooper, qui couvre régulièrement la meunerie pour Milling and Grain, est parti sur le terrain pour observer comment un meunier artisanal fait face à ces bouleversements. Ce reportage livre un regard passionnant sur ce que les meuniers doivent mettre en œuvre pour répondre à un marché en pleine mutation.
Si la France et l’Europe font face à une situation particulière, il faut rappeler que la récolte mondiale de blé n’est pas en crise. L’USDA projette une production mondiale d’environ 819 millions de tonnes, ce qui ferait de 2026-2027 la deuxième plus grande récolte de blé jamais enregistrée, malgré un recul par rapport à l’exceptionnelle récolte de l’an dernier.
Le défi n’est donc pas le même qu’avant. Plutôt que de se demander “Y aura-t-il assez de blé ?”, l’industrie se demande de plus en plus : “Y aura-t-il assez de blé de la bonne qualité, au bon endroit, au bon moment ?”
Le trait marquant de la récolte 2026 n’est peut-être pas que la France ou l’Europe aient produit moins de blé, mais que l’industrie meunière mondiale – la française comprise – dépende plus que jamais d’un nombre restreint de fournisseurs dispersés à travers le globe. Le blé de printemps canadien, l’Australian Standard White, les exports argentins et le blé de la mer Noire ne sont plus de simples concurrents pour nos céréaliers; ils sont devenus les composantes complémentaires d’une chaîne d’approvisionnement mondiale qui permet aux meuniers d’équilibrer qualité, fonctionnalité et coût. À mesure que les extrêmes climatiques se multiplient, la résilience dépendra moins de la taille d’une récolte donnée que de la diversité de l’approvisionnement mondial. Pour les meuniers, la réussite des prochaines années résidera peut-être moins dans la quête de plus de blé que dans celle du bon blé.
Ailleurs
Nous vous proposons aussi des dossiers technologiques sur la science de l’enrichissement des farines – du traitement moderne des céréales du petit-déjeuner (page 30) par Scott Backhouse de Coperion au Royaume-Uni, à l’enrichissement au moulin par Dana Francksen de Mühlenchemie en Allemagne.
Nos pages “Alimentation animale” débutent avec une contribution éclairante de Constance Cullman, présidente et directrice générale de l’American Feed Industry Association, qui revient sur le renforcement de la sécurité de l’approvisionnement en aliments du bétail dans une Europe en pleine incertitude.
Kemiex nous livre par ailleurs son enquête annuelle, qui prévoit que la consommation mondiale d’aliments du bétail atteindra 1,45 milliard de tonnes d’ici 2031.
Un autre article a retenu mon attention : Alternatives aux antibiotiques en aviculture, signé par le Dr Julian Wiseman, professeur émérite en production animale de l’université de Nottingham, au Royaume-Uni.
Il y a beaucoup à découvrir dans ce numéro, bien plus que je ne peux le résumer ici. Outre notre entretien avec Jean-François Fontaine, vice-président du groupe Jefo, au Canada, ce mois-ci, je vous invite à lire la chronique de mon collègue Darren Parris. Il y aborde les pertes de grain que subit chaque année notre industrie, en France comme ailleurs, à cause d’une mauvaise gestion post-récolte et d’un stockage défaillant, et les pistes que lui et ses collègues – dont moi-même – explorent pour y remédier.



